Huitième séance - La honte prend un corps
Chronique d’un groupe autour du trauma - séance 8.
Au début, Nadia, jusque-là assez discrète, dit :
« méfiante ».
Au cours de la séance, un geste recroquevillé apparaît.
Petit à petit, le groupe lui donne une forme.
C’est un personnage.
Il regarde le sol.
Thomas dit :
« Il a des vêtements sales. »
Claire ajoute :
« Il pense que tout le monde sait ce qu’il a fait. »
Malik lui donne une voix :
« Ne me regardez pas. »
On cherche un nom.
Long silence.
Julien finit par dire :
« La honte. »
Personne ne se précipite pour expliquer.
Ils restent avec le personnage.
Claire s’en approche.
« Je crois que je connais ce mec. »
Malik répond :
« Moi aussi. »
Puis Nadia demande :
« Je peux essayer ? »
Elle entre dans la scène.
Elle reste à quelques mètres du personnage.
Elle ne dit rien pendant un long moment.
Puis :
« Moi, je crois que je fais tout pour que personne ne voie quand j’ai besoin de quelqu’un. »
Silence.
Elle regarde les autres.
« En fait… je crois que je viens de comprendre un truc. »
Le groupe reste attentif.
Elle poursuit :
« Quand quelqu’un compte pour moi, je commence à surveiller. Je regarde s’il répond moins vite, s’il parle différemment, s’il s’éloigne. Et dès que je sens quelque chose, je panique. »
Elle sourit nerveusement.
« Je pensais que j’étais juste anxieuse. Mais je crois que j’attends toujours que quelqu’un parte. »
Le thérapeute lui demande :
« Tu veux en dire plus ? »
Nadia hoche la tête.
« Oui. J’ai envie de le partager. »
Elle raconte brièvement qu’enfant, elle ne savait jamais vraiment quand sa mère rentrerait ni dans quel état elle la retrouverait.
Puis elle ajoute :
« Et maintenant, c’est bizarre… je choisis souvent des gens qui me font attendre. »
Thomas dit :
« Comme si tu connaissais déjà le scénario. »
Nadia le regarde.
« Oui. Exactement. »
Personne ne cherche à tirer une conclusion.
Le groupe reste simplement avec elle.
À la fin de la séance, chacun donne son mot.
Thomas : « compréhension ».
Claire : « douceur ».
Malik : « lourd ».
Julien : « calme ».
Nadia attend un moment.
Puis dit :
« choix ».